- Présentation
- Païenne oraison
- Penser...
- La plage
- Délivrance
- La mer, etc...
- Il était là...
- Le coeur & la raison
- Tes 4 voluptés
- J'aurais du te dire
- Si tu le sais
- Rien qu'un mensonge
- Départ
Nous ignorons ce que nous écrivons puisqu'avant de les écrire, les mots n'existaient pas. Ils naissent au fur et à mesure que nous les transcrivons. Etaient-ils en nous à notre insu, enfermés, ne cherchant qu'à se matérialiser ? Ont-ils murri, durant des jours, des années ? Ce sont-ils nourris de nos tourments, de nos joies éphémères, de nos espérances, de notre lente mélancolie, de nos désirs les plus secrets, avant d'arriver au grand jour ?
D'ou viennent-ils ? De nulle part en nous ?
Brulant de ta chaleur,
Je sens monter l’ivresse,
Jaillie de ta moiteur,
Inondée de promesses.
Un flot d’effusions
Où voguent nos étreintes,
Nos corps en fusion
D’où s’envolent les plaintes
Le plaisir est souffrance,
Brulant, sans retenu,
Coloré d’indécence
De nos sens mis à nu.
Enflammés et sauvages
Délire sensuel,
Un fatal esclavage,
Si tendrement cruel,
Répudie la pudeur,
Que nos élans ravagent,
De folies en fureur.
Improbable voyage !
Par ta bouche échancrée,
Mon ardeur se ressource,
Explore la contrée
Où ruisselle ta source,
Où se lève la houle,
Où se répand la sève,
Où la fièvre s’écoule.
Là où naissent mes rêves.
Ta peau, saveur du sel
Que la vague dépose,
Eternel rituel,
Sur ta plage où éclosent,
Tendres perversions,
Parfums intemporels,
Troubles sensations,
Un chant universel.
La païenne oraison,
De nos ardents soupirs,
N’a pas d’autre raison :
Consommer le désir.
Dans ta prison humide,
Protégée par des ronces,
Je suis au bord du vide
Quand ma folie renonce.
Mon bateau fait naufrage
Dans un flot onctueux
Quand se tourne la page
Du livre langoureux.
Que je lis et relis
Que je relis sans cesse
Dans le creux de ton lit.
Ma foi ! Je le confesse.
Une pensée devrait toujours être dérangeante pour soi ou pour les autres. Une pensée qui n’est pas dérangeante n’est pas une pensée, mais une simple gesticulation de l’esprit.
Penser vient de la racine latine "pensare " qui a donné également le verbe peser. Penser, c'est peser le pour et le contre. Parfois la balance penche d'un coté, parfois de l'autre. Il faut accueillir les pensées pour le meilleur ou pour le pire. Il faut s’en saisir sans craindre de se bruler. Même si l’on se brule. Et puis, on peut bien rencontrer une femme ou un homme, c’est selon, éprouver du désir sans forcément faire l’amour avec.
Penser :
Je te dis que penser,
C’est penser l’impensable,
Rêves inavoués,
Fantasmes inavouables.
C’est accepter le pour,
Lui opposer le contre,
Voir la nuit en plein jour
Douter de ce qu’ils montrent
Perdre ses certitudes
Quand les preuves s’allongent
Quand le réel dénude
Tous les anciens mensonges.
C’est aimer le printemps
Son endroit, son envers
Et puis le jour suivant
Lui préférer l’hiver.
Penser c’est voyager
Aux confins du délire.
C’est se mettre en danger
C’est savoir se salir.
Penser est aventure
Risques de s’égarer
Découvrir la nature
D’incertaines contrées.
C’est penser sans censure
Contre vents et marées,
C’est fuir la dictature
D’idées pré-fabriquées
Ne pas voir un seul camp
Mots d’ordre indiscutables
Refuser le carcan
D’idées indépassables
Ce n’est pas s’enfermer
Dans la pensée unique.
Mais c’est laisser germer
L’éclat d’esprit critique.
Penser, remplir l’espace
D’idées qui sont les nôtres.
Mais savoir laisser place
A la pensée des autres.
Avec convictions
Sans les voir immuables,
Changer d’opinion
Devant l’incontestable.
Penser, c’est la débauche
D’idées contradictoires.
Parfois même l’ébauche
D’une nouvelle histoire.
Penser, moment sauvage,
Croyances ravagées,
Change le paysage,
Change le passager.
Penser, c’est croire en Dieu,
A son oeuvre, à ses saints,
Puis maudire les cieux
De propos assassins.
Crier la vérité
Sans craindre l’anathème,
Savoir se résigner
A perdre ceux qu’on aime.
Penser sans catéchisme
Sans idéologie
Et préférer le schisme
A toutes liturgies.
Sans tabou ni totem
Dire ce que l’on voit
Sans craindre le blasphème
Ne pas baisser la voix
Alors, tu connaitras
Ces contrées désertées
Où tu rencontreras
La grande liberté.
Si tu ne sais te taire,
Tu seras diffamé.
Tu iras solitaire,
Assoiffé, affamé.
Parfois sur des décombres
Au hasard du chemin,
Un esprit ou une ombre
Te prendra par la main.
Amitiés éphémères
Dont tu garderas trace.
Ce sont les plus sincères
Et jamais ne s’effacent.
La plage est insouciante, bercée par un chant égaré sur les dunes. Elle ne sait rien de la tempête qui s’annonce. Elle ne se doute pas que ces mêmes vagues qui lui jurent leur amour à chaque marée vont bientôt la fracasser.
L'horizon s’assombrit, mais la plage ne voit que la tendresse des flots et prend le tonnerre qui gronde au loin pour une simple musique, le ciel qui noircit pour un jeu de lumière.
La tempête passée, la plage aura tout oublié de ce qui l’a brisé. Sitôt le calme revenu, son souvenir s’estompera dans son inconsciente minéralité. Elle reprendra sa vie paisible, se réchauffant au soleil ou accueillant la pluie bienfaisante.
De notre mémoire ne s’efface pas la trace des tempêtes qui nous ont ravagé. La plage ne retient des vagues que les tendres baisers de leur incessant va-et-vient. Nous n’avons pas l’innocence de la plage.
Je marche, je regarde, je m’imprègne de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je ressens, la pluie comme le soleil, le froid comme la chaleur. Tous ces éléments viennent se mélanger à mes pensées les plus intimes, les plus secrètes.
J’accepte cette nature où je rencontre ma propre nature lorsque craque le vernis policé des conventions hypocrites. Je voudrais n'être que la plage insouciante bercée par ce chant égaré, ne rien connaitre des tempêtes passées ou de celles qui s’annoncent.
J’aspire à n’être qu’un grain de sable, qu’une vague déposant son écume à la manière d’un baiser volé. De la mer, je ne voudrais percevoir que bleu infini et ne plus rien savoir de ses flots menaçants, que le vent ne me soit plus qu’une caresse, la pluie un murmure rafraichissant.
Je ne sais si l'on peut abandonner ses souvenirs ou s'ils s'évaporent peu à peu dans le brouillard de l'indifférence. Mais je sais que je vais conserver les moments de simples bonheurs et la douce étreinte d’anciennes souffrances.
Révolte, voici mes larmes, voici mes pleurs.
Délivre moi du bien, poète, je t’implore.
Tu connus l’opprobre et l’humiliation,
Fais moi partager tes illuminations.
Et pour la liberté et par la solitude,
J’ai arraché de moi leurs pales certitudes,
Idées biens pensantes qui partout prolifèrent.
Et je partis pour une saison en enfer.
Rêveur impénitent allongé sur la berge,
Je cherchais l’étoile que la folie héberge.
Ivre de l’errance, le bateau que je pris,
Dériva sur les désordres de mon esprit.
Plongeons dans l’inconscient, nuit originelle,
Utopie, hors du temps, émotion charnel,
Vision d’un visage, tourments affectifs,
Transport dans l’abime des élans primitifs
Fantôme d’Ophélie traversant sa romance,
Berçant sa passion d’un parfum de démence.
Vomissant les relents de leurs pensées funèbres,
Survint la lumière, déchirant mes ténèbres.
Je me suis délivré de ce qui asservie,
J’avais quinze ans pas plus, tu m’as sauvé la vie.
Tu m’as donné le souffle, tu m’as pris la main.
Tu m’as aidé à vivre au moins jusqu’à demain.
Je n’étais pas comme eux, je n’étais pas commun.
Ils étaient si nombreux et moi je n’étais qu’un.
Et si j’ai malgré moi du entrer dans la danse,
J’ai malgré tout vécu en gardant ma cadence.
Ma jeunesse est passée. Ton empreinte est restée.
Je suis toujours pareil, je peux en attester.
Je pense avec doute mais toujours sans censure
Quelque soit le propos, quelque soit la blessure.
La révolte renait, soubresaut de la chair
Que la pensée anime, ultimes surenchères.
La mer, l’amour, la mort.
Sonorité étrange,
Tel romance et remord,
Murmure qui dérange.
Camaïeu déroutant,
Jonglerie des voyelles,
Un refrain envoutant
Nuances d’arc-en-ciel
Redoutable est la mer.
Flottent mes souvenirs.
Si l’amour est amer,
La mort est avenir.
Roulant comme un grand rire,
La mer m’emportera.
L’amour m’a fait souffrir.
La mort me guérira.
Jean Pierre Richard
Dans les rues angoissées de la nuit. Par les chemins de solitude, dans le vent qui éparpille tout, dans la chaleur épaisse où se traine l’ennui, dans le froid glaçant des jours monotones.
Derrière chaque mot
C’est de toi que je parle.
Derrière ma mélancolie
C’est toi qui apparais.
Dans le plus banal refrain
C’est ta voix qui chante.
Par chaque geste
Ce sont tes mains qui me frôlent.
Derrière chaque désir
C’est ton corps qui respire.
Par chaque sanglot, chaque cri
C’est pour toi que j’écris.
Derrière chaque couleur
Ce sont tes yeux que je vois.
Dans chaque regard qui danse
C’est à toi que je pense.
Toi, que je ne connaissais pas, mais que j’imaginais dans les délires de mes songes, dans mes larmes, dans mes rires, dans mes ivresses.
A force de tant de ténèbres, de tant de désespérance, dans ma nuit, je t’ai aperçu. Sans jamais t’avoir vu, je t’ai reconnu.
Tu venais de sortir de la caverne des bas-fonds de mon âme où se meuvent l’impensé et l’impensable, nourris de rêves insensés, de folles espérances et d’espoirs déçus, de sentiments secrets, innomés et innommables.
Au hasard d’un regard, tu m’as souri, troublante. Je t’ai souri, troublé.
Existais-tu vraiment ou venais-tu d'éclore de mon imaginaire, tendre accouchement d’années d’espoirs amers. Idéelle, idéale. Etais-tu réelle ? Etais-tu une autre ?
Mais rien n’était comme prévu. Au milieu du vacarme, des bavardages insipides, tu te gaspillais, noyée par les propos anesthésiants, que tu écoutais, enfermées dans tes croyances apprises, encombrantes et poussiéreuses.
J’ai senti qu’il fallait briser les murs de cette prison. Il fallait t’affranchir de leur médiocrité où s’engluaient tes espoirs.
Nos attentes se sont frôlées. Nos rêves se sont étreints. Indécente intimité de nosfantasmes souterrains.
Tu te montrais délurée. Tu étais fragile et naïve. Tu me révélais que je pouvais aimer sans craindre de m'attacher. Tu as été une éclaircie dans ma vie avant que l’horizon ne s’obscurcisse.
La passion, le passé cachent des regrets enfouis. Peut-être que déjà dans le premier instant, ce moment primitif et furtif qui nous échappe lorsqu’il se produit, se trouve la malédiction, le malentendu, la faille.
Qu’est-ce qui se cachait dans tes regards, derrière tes larmes, tes joies, tes excès de tendresse, tes accès de colère ?
Tes sentiments, que je croyais connaitre, étaient un mirage qui s’est dissipé, une authentique contrefaçon, un décor de théâtre que l’on démonte après le spectacle.
Ta bouche avait alors la douceur infernale que procure le miel du mensonge, déjà prête à distiller le poison.
Qui se terrait, en embuscade, prêt à surgir. A pénétrer par effraction.
Une même force t’attirait vers moi et te rattachait à lui. Une force invisible, irrépressible qui inconsciemment nous relie aux êtres au-delà de l’espace et du temps.
Il était là,
Dans ce désert de sable blanc,
Dans ce ruisseau, ce fleuve bouillonnant,
Dans chaque orage, chaque éclair,
Dans chaque couleur, chaque reflet, chaque rayon de soleil,
Dans chaque nuit, dans l’obscurité,
Dans chaque plaine, chaque montagne,
Dans chaque arbre, chaque pierre,
Sous la pluie, dans la chaleur, dans la tempête,
Dans chaque flocon de neige,
Sur les océans et sur le sable doré des plages,
Sur chaque vague, dans chaque marée,
Sur les chemins capricieux,
Dans les villes tumultueuses,
Dans chaque rue, au milieu de la foule,
Dans chaque passant, chaque rencontre,
Dans le silence et la fureur,
Dans chacun de tes rires, dans chacune de tes larmes,
Dans tes caresses, dans tes colères,
Dans tes sourires, dans tes angoisses,
Dans tes joies et tes tourments,
Dans tes cris d’amour, dans tes soupirs,
Dans tout ce qui palpite, dans tout ce qui scintille,
Dans tes yeux qui pétillent,
Dans ton sommeil, dans tes rêves éveillés,
Sur le bout de tes lèvres, dans tes baisers, dans le plaisir consumé,
Dans chaque pensée, chaque doute, dans tes rêves exaltés,
Dans tes ardeurs, dans ta ferveur,
Dans ta passion.
Dans mes bras.
Il était là.
Raison sentimentale,
Passion raisonnable,
Des folies minimales,
Amour château de sable.
Tu as croisé des hommes
Au parcours opposé
Sans que sur l’un, en sommes,
Ton choix se soit posé.
Ou se posait ton coeur
Ta raison résistait,
Aucun à la hauteur
De ton roman secret.
Tu choisis par raison,
Un amour de passage,
Un amant de saison
Qui te rende moins sage.
Il avait la couleur
Qui attisait ta flamme.
Et sa douce chaleur
Flattait en toi la femme.
Un amour de décors,
Amour faute de mieux,
Amour du bout du coeur,
Amour du bout des yeux.
Les couleurs se délavent.
Le temps est sans pitié,
Ramène les épaves
Des chagrins oubliés.
Vient le temps des regrets
Qui vous prend en otage,
Vous tient dans ses filets.
Refluent les vieux orages.
Tu regardes dérrière,
Tes doutes mis à nu,
Volent tous tes repères.
Tu dis : si j’avais su.
Amour en équilibre,
Vertige d’une danse,
Et tes sentiments vibrent,
Et ta raison balance
Comme une métaphore,
Image du trapèze,
Un amour de confort,
Amour par parenthèse
Brille un feu d’artifice,
Consumant sa magie,
Le temps d’un sacrifice.
Un amour ici-gît.
Tu n’as jamais trouvé,
Celui dont tu rêvais,
Ce rêve immaculé,
Fable que tu couvais.
Et comprenne qui peu
A ces amours surfaites,
Aux règles de ce jeu
A la seule défaite.
Les filles ont parfois
De ces désirs étranges,
De singuliers émois,
Mi démon et mi ange.
Jean Pierre Richard
Ton corps, écartelé
Par tes amours barbares,
Cerne de barbelés
Tes émois de hasard.
Sur ta détresse acide,
Que ton mal-être enclôt,
Ton désir se suicide
A l’aube d’un sanglot.
Espérance incolore,
Entourée de remparts
Et qui ne peut éclore,
Meurtrie de part en part.
Emprise de l’empire
D’un crédo crucifère
Te livre à ses vampires
Aux humeurs mortifères.
———————————
Quand oseras-tu, Quand,
Abattre l’édifice
Et broyer ce carcan,
Chasser ces maléfices.
Que meurent dans les flammes
Tes préjugés frileux,
Toutes tes peurs infâmes
Et tous tes tristes jeux.
Allume l’incendie.
Abroge tes décrets.
Il n’est pas d’interdit
Sinon ceux que tu crées.
Défait toi de toi-même.
Jette tes anciens livres
Compose le poème
De ces mots qui enivrent.
Et que, ta fureur brise
Les barreaux de ta cage,
De ta morale apprise
Amorce le saccage.
—————————————
Le vent s’est répandu
Emportant au passage
Un monde défendu,
Tes pensées les plus sages.
Chassées par la magie
S’écroulent tes idoles.
Voilà que tu rugis,
Danse la farandole.
Ta ferveur se révèle,
Folle danse insoumise,
Espoir de joies nouvelles
Pour la terre promise.
Se dissous ta panique
Au volcan de ton corps.
Planète tectonique !
Brûle la lave encore.
Tes regards, tes silences
Appellent de tes voeux
Ce refrain qui s’élance
Comme un puissant aveu.
————————————-
Et ta peur cessera.
Nous flotterons hors sol.
Et le plaisir sera.
Notre unique boussole.
Je ferai sur ton corps
Un périple au long cour
Vers ton ile aux trésors,
Indicible parcours.
Je serai le pirate
Qui recherche ce coffre,
D’un bijoux écarlate
Que la folie lui offre.
Mes carnets de dessins
Croqueront à l’envi,
La rondeur de tes seins,
Les fleurs de tes envies.
L’éclat de tes attraits,
J’en peindrai le contour.
J’esquisserai les traits
De tes moindres atours.
—————————————-
Un luxe de luxure
Irradie de tes yeux,
Caressant la blessure
D’ou va jaillir le feu.
Un souffle sulfureux.
Paradis en enfer.
Délire langoureux.
Une douce atmosphère.
Dans un embrasement,
Sur le chemin farouche
De mes désirs ardents,
Je guiderai ta bouche.
Coule, coule l’ondée
En un flot d’insolence,
Dans ma bouche inondée
Par ton impatience
Je boirai l’eau de vie,
Là, de ton corps en transe
Quand ta passion vit
Et d’excès et d’outrances
Expulsé de ton antre
La fièvre qui va naitre
De tes yeux à ton ventre
Que le diable pénètre.
Infernal va-et-vient,
Lent, violent, brulant
Qu’un brasier entretient
D’éclairs étincelants.
Satané, satanique,
Sensuel et intime
Retentit le cantique
De ce moment sublime.
Quand le chant de la chair,
Comme l’esprit du vin,
S’élève dans les airs
Pour frôler le divin.
Pureté impudique,
Sans tabou ni tambour.
La mystique musique
Au rythme de l’amour
Plus rien ne te retient.
Te voilà décidée
A accomplir enfin,
Tes quatre voluptés.
Richard Jean Pierre
Nous oublions souvent les paroles que nous avons prononcées mais jamais celles que nous n’avons pas osées dire.
C’était, il y a longtemps. A cette époque, nos chemins se sont croisés et nos espoirs se sont étreints dans l’ivresse de nos désirs d'évasion Aussi, j’aurais voulu que tu échappes à ce monde que tu fréquentais. Tu y étais presque, mais quelque chose te retenait encore. Des convenances. Des croyances apprises et qui brimaient tes désirs, tes envies. La peur du qu’en dira-t-on.
J’aurais dû te dire : Fais-moi confiance. J’ai déjà passé le pont. Je suis déjà sur l’autre rive. Depuis l’enfance, je me sens différent. C’est ma planche de salut. Viens découvrir le monde que je porte en moi et que je tais. Allez, accroche-toi à moi. Faisons ensemble un bout de chemin. Moi aussi, j’ai besoin de toi.
On va tout révolutionner… Oh ! Non, pas le monde, laissons le monde, mais nos vies. Changeons nos vies, le monde lui, il ne changera jamais. N’aies pas peur d’être différente.
Ecoute moi…
Prends le premier bateau
Une barque, un radeau
Si tu veux, peu importe
Mais que le vent t’emporte
Défais toi de ta laisse
Amarrées au port, laisse
Laisse ancrées tes croyances
Un vent d’imprévoyance
Du berceau au trépas
Saura guider tes pas
La vie est par moment,
Un récit, un roman
Qu’une cohorte enlace
Pour l’écrire à ta place
Tu auras ta revanche,
Devient la page blanche
Où s’écrit l’existence.
Et entre en résistance.
L’espace de toi-même
Faisant donc un poème.
Tu sais, tout est possible.
En chassant les nuisibles
Qui te cachent la vie,
Qui briment tes envies.
Tu peux tout mettre en scène,
L’obsédant et l’obscène.
Va jusqu’au fond du gouffre.
On est ce que l’on souffre.
N’est peur de tes paroles,
Elles sont la corolle
Des reflets de ton âme,
Le miroir de tes drames,
Riment tes sentiments
Tes amours, tes tourments
Et bercent ta détresse
D’une infinie tendresse.
Aujourd’hui, quand me reviennent des résidus de mon passé, je me dis que les gens que je côtoyais, se comparaient à une norme qu’ils pensaient parfaite et absolue. Leur norme. Et le pire, c’est que non seulement ils vivaient, eux, en fonction de cette norme mais exigeaient que les autres aussi s’y conforment et qu’hypocritement ils foulaient aux pieds quand cela les arrangeaient.
Toi, tu n’étais pas rebelle, plutôt conformiste, tu acceptais la norme, tu te coulais dedans même si tu t’y sentais à l’étroit. Si tu ne ressemblais pas totalement à ceux que tu fréquentais, tu cherchais malgré tout à t’identifier à eux. Je t’idéalisais peut-être. Mais, moi, j’avais le sentiment que, toi, tu valais mieux que ça.
Tu vois bien :
Ils t’opposent leurs normes,
T’imposent leur morale,
Leur pensée uniforme,
Leur discours doctoral.
Et de leurs préjugés,
Ils font philosophie.
Tout est vite jugé
Mais cela leur suffit.
Et ce douillet confort
De l’esprit, les rassure.
Ils se sentent si forts.
Ils se sentent si sûrs.
Ils sont si bien entre eux,
Abeilles de la ruche,
Et ils sont si nombreux
A imiter l’autruche
Comme au rocher, la moule,
Accrochés à leurs peurs,
Se coulant dans le moule,
Sombrant dans la torpeur.
L’humour velléitaire,
Sans saveur, sans outrance,
Comme un strict nécessaire,
Bien pesé, bien pensance.
Propos aseptisés,
Paroles contenues,
Vérités étouffées,
Un discours convenu.
N’éprouvant pas le doute,
Ils n’ont que certitudes
Et tout ce qu’ils redoutent,
Perdre leurs habitudes.
De manière atonique,
Ils pensent comme ils baisent
Pensée hygiénique.
Désirs par parenthèse
Ils n’ont point de folie
Leurs envies sont austères,
Sans fureur, sans magie,
Sans excès, sans mystère.
De pulsions pudiques,
En émois convenables
Des élans méthodiques
Passions raisonnables
Ne connaissent le monde
Qu’au travers des images.
Jamais ne les inonde
La fièvre du voyage.
Ignorent ces errances
Des esprits tourmentés,
Et de ces fulgurances
Qui les font exister
L’inconnu les effraie.
Ils fuient l’imaginaire,
Ils ne font pas les frais
De l’extraordinaire
La peur de s’égarer,
Les a cloués au sol.
Ils sont désemparés
S’ils n’ont maitre ou boussole.
Ils sont ancrés à droite
Ou à gauche. Soumis,
Enfermés dans la boite
D’un crédo bien appris.
Ils n’ont pour horizon
Qu’un futur résigné.
En somme, la prison
Qu’on leur a assigné.
Alors dans le clair-obscur de mes rêves, je me disais, je te disais : Toi que je connais à peine… Toi, que je cherchais et que j’ai reconnu sans t’avoir jamais vu. Toi, que je regarde te gaspiller au milieu de ce monde. Toi qui est attirée par tout ce qui brille. Toi qui te perds dans des élans superficiels. Toi qui te noies dans leurs discours insipides.
Alors, toi. Oui, toi :
Hurle, pleure ou écris
A force d’insolence
Qu’on entende ton cri
Jusque dans tes silences.
Tire ta révérence
A leur hypocrisie
Et par l’irrévérence
Choisit l’apostasie.
Ici, tu te gaspilles
Au milieu de ces gens.
Tes rêves s’éparpillent,
Partir devient urgent.
Le quotidien t’encercle,
Il faut que tu respires.
Soulève le couvercle
Pour échapper au pire.
Tu vas vers le naufrage,
La médiocrité
Si tu vends tes suffrages
A leur normalité.
Tu dois passer le pont.
Tu dois changer de rive.
Le vent dans ton jupon,
Te dit : allez dérives.
Et brise la prison
Qui te retient encore
Et oublie les leçons
A réciter par choeur.
Pense, rêve avec rage,
Leurs idées t’ensommeillent.
Préfère les orages
A leur blême soleil.
Emprunte le chemin
Vers l’acmé du plaisir.
Tiens ! Donne-moi la main.
L’aubaine est à saisir.
Fuit leurs ternes ardeurs,
Tes pulsions éteintes,
Et leurs fades ferveurs,
Et tes mornes étreintes.
Sinistres corps à corps,
Sans chaleur et sans fête
Quand l’ennui du décor
Habille tes défaites.
Viens et vis à ton aise,
Libre en toute licence.
Tu deviendras la braise
Qui enflamme mes sens.
Et moi, moi :
Assoiffé, dans ma course,
D’un rêve inassouvi,
J’irai boire à ta source,
Là où germe la vie.
Et moi, je me suis tu. Voilà ce que je n’ai pas dit. Je n’ai pas eu les mots. Le courage des mots.
Il est trop tard. Trop tard pour parler.
J’aurais dû te dire tout cela bien avant, mais est-ce que tu m’aurais cru, écouté seulement ? Peut-être même que cela t’aurait fait fuir.
Je ne sais si j’aurais pu t’arracher à ce morne passé qui a continué à vivre en toi. Tu étais entre deux mondes, deux histoires, deux rêves, deux attaches.
De n’avoir pas su, pas pu, pas osé, j’en paie le prix aujourd’hui. Voilà, mon cauchemar. Tu es retournée à ces amours d’antan enfouis dans ta mémoire et qui ont pris le gout sucré des aventures nouvelles.
Parfois, dans l’illumination de l’insomnie, je me demande si la nuit va finir, si le jour va revenir. Tu sais, il arrive que la nuit ne finisse pas avec le jour ? Quelques fois, je me demande si le jour n’est pas qu’une parenthèse de la nuit où se glissent nos regrets et qui héberge notre mal de vivre.
Est ce que le sel se souvient de la mer ?
Est ce que le fruit se souvient de l’arbre ?
Est ce que le fleuve se souvient de sa source ?
Est ce que la fleur se souvient de la graine ?
Et toi, te souviens-tu de moi ?
Que sait le blé de la caresse du soleil ?
Que sait la prairie de la pluie fertilisante?
Que sait l’homme de la foudre qui l’atteint ?
Que sait la plage des passants qui la foulent
Et toi que sais-tu de moi ?
Que sais-tu de l’étreinte de ces années d’échec ?
Que sais-tu du fardeau étouffant de l’ennui ?
Que sais-tu du vacarme à t’écouter t’enfuir ?
Que sais-tu des doutes où s’épuisent le malheur ?
Que sais-tu de cet impossible oubli ?
Que sais-tu des larmes qui noient l’avenir ?
Que sais-tu du passé qui dévore le présent ?
Que sais-tu de la nuit aux visions électriques ?
Que sais-tu des mille tortures épileptiques ?
Que sais-tu des regrets à n’être que soi-même ?
Que sais-tu des désirs qui ne font qu’attendre ?
Que sais-tu du supplice à aimer en vain ?
Que sais-tu de la brulure du mensonge ?
Que sais-tu de la cruauté d’avoir cru être aimé ?
Que sais-tu de l’entrave qui bâillonne les rêves ?
Et de ce gout amer d’espérances écorchées ?
Où est cette ile, dont on parle, et qui héberge la délivrance ?
Si tu le sais, dis-le moi.
Ecoute…
C’est le chant d’un mensonge.
Et puis quoi d'autre ? Rien !
Un air de trahison.
Une chose banale.
C’est l’orage qui gronde.
Quelques gouttes de pluie.
C’est la foudre qui frappe.
Rien qu’un feu d’artifice.
Et voilà l’incendie.
Rien qu’un ciel qui flamboie.
C’est un espoir qui saigne.
Quoi ! Trois gouttes de sang.
Et la vie continue.
Ce n’était qu’un mensonge.
Jean Pierre Richard
Tu n’étais pas à l’heure,
Et le train est passé,
Emportant ton bonheur,
Un rêve fracassé.
Tu prias qu’il revint.
Le destin n’est pas tendre
Pour qui espère en vain,
Pour qui ne fait qu’attendre.
Le présent molesté
Et l’avenir s’égare.
La romance est restée
Sur le quai d’une gare.
Jean Pierre Richard

